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SENAT mercredi 23 mai 2012 Accès mode texte
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Vous êtes dans Dans la presse Edito du Président

Cynisme et aveuglement !

L’a f f a i r e « Proglio » soulève beaucoup de questions. Ce patron d’une grande entreprise privée a été nommé à l’automne dernier à la tête d’EDF, entreprise publique. Le groupe socialiste du Sénat avait réagi dès l’annonce de cette nomination car M. Proglio conservait son poste de président non exécutif du Conseil d'administration de Véolia.

Le cumul de fonction entre le public et le privé entraine un mélange des genres bien étrange et très dangereux. Au nom de quels objectifs M. Proglio prendra-t-il ses décisions ? Les besoins de l’entreprise publique ? L’avenir de la France ? Les intérêts de Veolia ? La gène était palpable, y compris dans la majorité, mais le Président de la République n’en a eu cure ! Seul bémol accordé : la ministre de l’économie avait annoncé qu’il ne serait plus rémunéré par Veolia.

Patatras : voilà que les Français apprennent que ce patron sera payé 2 millions d’euros, dont une forte partie provenant de l’entreprise privée. Première remarque : la rémunération est totalement excessive.

Elle le serait déjà dans le privé. Mais dans le public, c’est tout à fait inapproprié. Seconde remarque : le mélange des genres est total. Troisième remarque : le gouvernement a menti. Devant le tollé, M. Sarkozy obtient de son ami M. Proglio qu’il renonce à son salaire chez Veolia. Mme Lagarde nous assure : « il a entendu la polémique et il a pris la bonne décision".

Certes, mais le mélange des genres demeure, comme l’excessive rémunération. D’ailleurs, rien ne nous dit que celle-ci ne sera pas en échange de son renoncement réévalué.

Et on parle de « retraites chapeau » très conséquentes chez Veolia… Au-delà du cynisme de l’exécutif que cette affaire met en lumière une fois de plus, elle illustre plus largement les dérives d’un système où les intérêts de la France apparaissent inféodés à quelques intérêts privés.

Loin de ces obscurs « coups de pouce entre amis », le Sénat a commencé l’examen du projet de réforme des collectivités territoriales, principal projet de loi de l’opération de recentralisation et de manipulation électorale lancée par le Président de la République. Les arguments pour justifier cette réforme sont depuis le début « poussifs ».

On a parlé d’une nécessité de simplification alors que le « millefeuille » va être remplacé par un pudding où tout se mêlera. On a parlé aussi de la nécessité de réduire le nombre des élus locaux alors que « l’économie » sera de l’ordre de 0,01% des dépenses locales. On a parlé de la nécessité de réduire la gabegie des collectivités locales alors qu’elles représentent moins de 10 % de la dette publique et leurs finances sont équilibrées. Les raisons de cette réforme sont malheureusement toutes autres.

Il s’agit d’abord de revenir sur le choix historique de François Mitterrand en 1981 basé sur la responsabilité locale, l’innovation des territoires, la démocratie de proximité, choix confirmé depuis par plusieurs lois de renforcement de la décentralisation. Il s’agit ensuite de réduire un contre-pouvoir qui irrite. Mais les conséquences de cette régression proposée, imposée, seront fortes.

C’est pourquoi en défendant une motion référendaire au Sénat en introduction au débat, j’ai souhaité, le groupe socialiste a souhaité, pouvoir impliquer encore plus les Français dans un choix très important pour leur avenir. D’abord car ces projets modifient notre organisation administrative et politique.

Mais aussi car ils auront de fortes incidences sur leur quotidien en remettant en cause les services publics et l’action publique au niveau décentralisé, les libertés locales, la démocratie de proximité.

Enfin, ils auront des répercussions sur le développement économique, social, environnemental, du pays. Avec la décentralisation, les collectivités locales jouent aujourd’hui un très grand rôle dans ce développement. Un seul exemple : les pôles de compétitivité sont aujourd’hui au cœur des projets de recherche et de développement industriel qui préparent l’avenir. Sans l’implication des collectivités, ils n’existeraient pas. Tout cela pourrait s’arrêter, avec la recentralisation opérée et l’étranglement financier en cours suite à la suppression de la taxe professionnelle.

Là encore, cette pseudo-réforme montre le cynisme et l’inaptitude à comprendre le futur.


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