La progression du nombre de suicides fournitla preuve de l’incurie de la politique gouvernementale en la matière.En matière de prévention des suicides des personnes détenues, il est aujourd'hui urgent de rompre avec la logique actuelle, qui ne vise qu'à empêcher les personnes détenues de mourir. Ainsi, les mesures prises depuis l’été 2009 ne relèvent pas de la prévention, mais d’une logique de surveillance et de limitation des risques. Les « kits de protection » prônés par la Garde des sceaux, comprenant draps indéchirables, pyjamas en papier ou matelas anti-feu, ne sauraient tenir lieu de politique de prévention.
Pour réellement prévenir les suicides, il faut d'abord restaurer la personne détenue dans sa dignité d'homme. Aujourd'hui, cette dignité n'est pas respectée, notamment du fait de la surpopulation carcérale et de la violation systématique du principe de l'encellulement individuel. La mise en place d’une telle politique nécessite une véritable rupture avec la logique gouvernementale actuelle. Il faut ainsi passer de la culture de la seule punition à celle de la réinsertion.
Alain Anziani regrette que ce volet réinsertion soit systématiquement occulté par le gouvernement. Il rappelle que les dispositions allant en ce sens dans le rapport du Dr Louis Albrand avaient été censurées par la Chancellerie, ce qu’avait vivement dénoncé l’auteur.
La politique de prévention du suicide souffre également du peu de moyens alloués dans le budget 2010 à la mise en œuvre de la Loi pénitentiaire adoptée à l’automne. Alain Anziani demande à la Garde des sceaux de revenir explicitement sur le moratoire de l’application des règles pénitentiaires européennes décidé par son prédécesseur.
Sans volonté politique, sans moyens, les droits créés par la loi pénitentiaire resteront lettre morte, et la condition carcérale ne cessera de se dégrader. Alain Anziani appelle donc le gouvernement à rompre avec le cycle suicidogène de sa politique pénale et carcérale.