La crise économique et sociale accélère plusieurs conséquences désastreuses du capitalisme financier. En premier lieu, elle met à bas des pans entiers de notre tissu industriel. Depuis 20 ans, la France subissait une constante désindustrialisation ; celle-ci est aujourd’hui très rapide, au point que certains départements se demandent quelles industries vont rester chez eux. Or, le gouvernement ne réagit que pour défendre certains grands groupes. C’est pourquoi, sur la demande du groupe socialiste, le Sénat vient de mettre en place une mission d’information sur la désindustrialisation des territoires qui doit permettre de bien montrer les responsabilités et dessiner les contours d’une véritable politique de réindustrialisation.
Deuxième conséquence : la crise accélère la baisse du pouvoir d’achat de la très grande majorité des ménages. Aux Etats-Unis, depuis 20 ans, si la croissance des revenus des 1 % des américains les plus riches n’a cessé de s’accélérer dans une courbe exponentielle, le pouvoir d’achat de 90 % de la population n’a pas augmenté. Pire, l’évolution a été légèrement négative. En France, le résultat est identique dans les grandes lignes. Ainsi l’INSEE notait dans un récent rapport que les revenus du patrimoine et des dividendes avaient cru de 50 % de 2002 à 2007, tandis que dans le même temps il y avait stabilité du niveau de vie pour 90 % des français. Tous les indices sur une soi-disant croissance cachaient de fait une réalité vécue : les populations ne s’enrichissent plus. L’arrivée de la crise, si elle a stoppé un temps l’évolution des plus aisés, a surtout accéléré les mauvais résultats pour la très grande majorité des français. Face à ces évolutions, le gouvernement continue pourtant de privilégier les aides aux plus aisés et une politique de l’offre, laissant de fait la majorité des français s’appauvrir. En ce début d’année 2010, le pouvoir d’achat global des ménages est en baisse. Et c’est dans ce contexte que François Fillon annonce, par petites touches, un plan de rigueur de grande ampleur : gel des dépenses publiques, gel des dotations aux collectivités locales, … La crise financière européenne apparait dans ce contexte plus comme un prétexte qu’une véritable justification.
Troisième conséquence de la crise : la remise en cause des systèmes collectifs de protection sociale. La privatisation des régimes sociaux a toujours été un objectif pour le capitalisme financier. Fonds de pension et assurances privées étaient présentés comme l’avenir de la protection sociale. La crise, qui a notamment plombé nombre de fonds de pension, aurait du remettre les pendules à l’heure. Pas pour le gouvernement qui avance une réforme des retraites où sont exclus d’emblée toute recherche de recettes supplémentaires. Seules les voies du relèvement de l’âge légal du départ à la retraite et de l’augmentation des durées de cotisation sont explorées. Là encore, les français paient la note d’un capitalisme financier qu’il faudrait combattre, mais qui est encouragé.
Jean-Pierre Bel