Une telle attitude est préjudiciable à la bonne tenue du débat démocratique et à la prise en compte pluraliste des points de vue. Mais le plus important, bien sûr, c’est le fond. Avec, en premier lieu, un budget caractérisé par son insincérité. La prévision de croissance, à hauteur de 2% du PIB, n’engage que ceux qui la croient : le consensus des économistes table plutôt sur une croissance autour de 1,5%. Pire, le budget s’inscrit dans une situation globale de finances publiques fortement dégradées. La dette s’emballe : elle a doublé en cinq ans. Les déficits filent, pour s’établir à 7,7%. Certains en prennent prétexte pour justifier les coupes sombres dans nos services publics. Il faut, pourtant, le rappeler sans relâche : la crise, la pire en effet que le monde ait connu depuis les années 1930, ne permet d’expliquer qu’un tiers environ de notre déficit : 50 milliards d’euros lui sont imputables, les 100 milliards restants résultant des choix politiques de la majorité depuis 2007, et notamment des cadeaux fiscaux inconsidérés octroyés à des clientèles privilégiées. Injustes, parce qu’ils font reposer toujours sur les mêmes les efforts nécessaires. Inefficaces, parce que le projet de budget conforte le cycle économique en cours et n’apporte pas de réponse à la hauteur des enjeux : les dépenses publiques sont rognées par pure idéologie, avec pour conséquence des coupes aveugles dans les services publics sans réflexion globale sur les missions et objectifs de ceux-ci ; les prélèvements augmentent globalement, mais la contribution demandée aux ménages les plus aisés n’est pas proportionnée à leurs capacités contributives.
Face à cela, il nous appartient de porter un autre projet et de traduire notre vision des choses dans des propositions de budget alternatives. Il nous faut, à cet égard, être pragmatiques. D’abord, en confortant les collectivités territoriales, au lieu de les fragiliser comme c’est le cas aujourd’hui, avec un budget qui gèle les dotations de l’Etat pourtant à l’origine des trois quarts de l’investissement public civil dans notre pays.
Ensuite, en engageant une vraie réflexion sur le sens de l’action publique, afin de satisfaire les nouveaux besoins qui se font jour dans notre société et de n’accepter les remises en cause de services publics que lorsque leur efficacité n’est plus avérée.
Enfin, en portant une vraie ambition économique en Europe, le seul niveau d’action réellement pertinent contre la crise : la monnaie unique appelle à présent le renforcement des mécanismes budgétaires européens et une politique économique et fiscale volontariste en Europe, faute de quoi il n’y aura ni sortie de crise durable ni rebond de nos économies.
C’est cela qui nous attend… et c’est à nous d’y répondre.